Voyage multigénérationnel : un marché en forte croissance

Voyage multigénérationnel un marché en forte croissance

Le voyage multigénérationnel s’impose progressivement comme l’un des segments les plus dynamiques du tourisme lié à la longévité. Réunissant grands-parents, parents et petits-enfants autour d’un même séjour, il répond à la fois à des aspirations familiales, à des enjeux de santé et à de nouvelles logiques de transmission patrimoniale.

C’est la principale conclusion du rapport publié en juillet 2026 par la Global Coalition on Aging et le Transamerica Institute. Intitulée Travel for Healthy Longevity – Health and Economic Benefits of Multigenerational Travel, l’étude rassemble des travaux scientifiques, des données de marché et plusieurs cas d’entreprise afin d’évaluer les effets sanitaires, sociaux et économiques de ces voyages familiaux.

Une pratique déjà largement installée

Le voyage multigénérationnel n’est pas un phénomène entièrement nouveau, mais son ampleur progresse.

Selon les données reprises dans l’étude, 71 % des grands-parents ont participé à un voyage multigénérationnel au cours des trois dernières années. Par ailleurs, 57 % prévoient d’en organiser un, contre 55 % en 2023.

Cette évolution repose sur la rencontre de deux tendances.

D’un côté, les générations les plus âgées disposent souvent de davantage de temps, de patrimoine et de capacité financière. De l’autre, les générations plus jeunes accordent une place importante aux voyages dans leurs dépenses, mais ne peuvent pas toujours financer seules des séjours familiaux de grande ampleur.

Les grands-parents deviennent ainsi fréquemment les facilitateurs économiques de ces expériences. Leur contribution permet de financer des voyages auxquels les enfants ou petits-enfants n’auraient pas nécessairement accès seuls.

Le rapport considère ce mécanisme comme une forme de transfert intrafamilial du pouvoir d’achat touristique.

Le voyage présenté comme un facteur de longévité en bonne santé

L’étude insiste largement sur les effets du voyage sur la santé.

La découverte de nouveaux lieux, les changements d’environnement, les rencontres et les activités culturelles constituent des sources de stimulation cognitive. Le voyage oblige à s’orienter, à s’adapter et à sortir des routines quotidiennes.

Le rapport cite notamment une étude menée auprès de personnes âgées chinoises, dans laquelle l’expérience touristique était associée à une diminution de 59 % du risque relatif de démence après ajustement de plusieurs facteurs.

Cette donnée ne permet pas d’affirmer que le voyage prévient directement la démence, mais elle renforce l’hypothèse selon laquelle la stimulation sociale, culturelle et cognitive pourrait contribuer au maintien des fonctions cognitives.

Les voyages augmentent également l’activité physique. La marche, les visites, les déplacements et les activités de plein air réduisent le temps passé assis. Des travaux cités dans le rapport montrent que l’activité légère et modérée augmente pendant les vacances, notamment lors des séjours en extérieur.

À cela s’ajoutent des effets sur le stress et le bien-être psychologique. Même une courte période de vacances peut améliorer la récupération et réduire le sentiment d’épuisement. Certains effets peuvent se prolonger plusieurs semaines après le retour.

Chez les adultes de plus de 51 ans, les voyages de longue distance sont également associés à moins de solitude, à moins de symptômes dépressifs et à de meilleures performances cognitives.

Des bénéfices différents selon les générations

L’intérêt du voyage multigénérationnel tient aussi à la diversité des bénéfices qu’il peut produire.

Les personnes âgées bénéficient de stimulation cognitive, d’activité physique et d’interactions sociales. Les adultes d’âge intermédiaire peuvent trouver une occasion de réduire leur stress et de rompre avec les contraintes professionnelles. Les plus jeunes peuvent bénéficier d’un renforcement des liens familiaux et d’une diminution du sentiment d’isolement.

Le rapport avance ainsi l’idée d’un bénéfice cumulé : chaque génération retire quelque chose du voyage, mais le fait de voyager ensemble pourrait créer une valeur supplémentaire grâce aux échanges entre les âges.

Cette dimension est particulièrement importante dans un contexte où les familles vivent de plus en plus souvent dans des territoires éloignés.

Le voyage crée un temps commun difficile à reproduire dans la vie quotidienne.

Un outil de transmission culturelle et familiale

Le rapport accorde également une place importante au rôle des grands-parents dans la transmission.

Durant les voyages, ils peuvent partager des souvenirs, des récits familiaux, une langue, des traditions ou une connaissance de l’histoire familiale.

Cette transmission prend une importance particulière lors de visites de lieux d’origine ou dans les familles vivant entre plusieurs pays.

Les repas, les déplacements, les visites culturelles et le temps partagé favorisent les échanges informels. Le voyage devient alors un cadre de transmission intergénérationnelle.

Cette transmission n’est pas uniquement descendante. Les enfants et petits-enfants peuvent également transmettre aux générations plus âgées de nouvelles pratiques, de nouveaux usages numériques ou de nouvelles façons d’organiser le séjour.

Le rapport parle ainsi d’apprentissage bidirectionnel entre les générations.

De l’héritage financier à l’héritage vécu

L’une des évolutions les plus marquantes concerne la conception de l’héritage.

Les baby-boomers américains détiendraient environ 85 000 milliards de dollars de patrimoine. Une partie d’entre eux choisit désormais de consacrer une fraction de cette richesse à des expériences partagées plutôt que de privilégier uniquement une transmission financière après leur décès.

En 2025, 46 % des parents interrogés déclaraient préférer dépenser de l’argent dans le voyage d’une vie plutôt que de laisser cette somme en héritage à leurs enfants.

Le voyage multigénérationnel devient alors une forme d’héritage vécu.

Il ne s’agit plus seulement de transmettre un capital financier, mais de construire des souvenirs communs pendant que toutes les générations peuvent encore participer activement à l’expérience.

Cette logique transforme les comportements de consommation. Elle déplace une partie du patrimoine vers des dépenses immédiates liées au tourisme, à l’hébergement, au transport, à la restauration et aux loisirs.

Un marché mondial estimé à plus de 8 000 milliards de dollars en 2033

Le potentiel économique présenté par le rapport est considérable.

Le marché mondial du tourisme des 55 ans et plus aurait représenté 2 155 milliards de dollars en 2025. Il pourrait atteindre 8 264 milliards de dollars en 2033.

Aux États-Unis, le voyage constitue par ailleurs le premier projet de retraite cité par les adultes. Il est mentionné par 62 % d’entre eux, devant le souhait de passer davantage de temps avec la famille et les amis, cité par 56 %.

Le tourisme senior et le voyage multigénérationnel apparaissent donc comme deux dynamiques qui se renforcent mutuellement.

Les personnes de plus de 55 ans veulent voyager. Elles souhaitent également conserver des liens avec leur famille. Le voyage familial permet de réunir ces deux aspirations.

Près de la moitié des voyages familiaux impliqueraient désormais plusieurs générations.

Une offre qui ne peut pas être conçue comme un simple voyage familial

Pour les professionnels du tourisme, le rapport estime que ces séjours ne doivent pas être traités comme de simples réservations familiales élargies.

Un groupe multigénérationnel peut réunir des personnes dont les capacités physiques, les rythmes et les attentes sont très différents.

Une grand-mère à mobilité réduite peut voyager avec des petits-enfants souhaitant pratiquer des activités sportives. Certains membres du groupe recherchent du repos, tandis que d’autres privilégient les visites ou les loisirs.

Les besoins peuvent également varier en matière de santé, de sécurité et d’alimentation.

Dans l’étude de Booking.com consacrée à la région Asie-Pacifique, 30 % des familles citent les divergences d’intérêts comme une difficulté du voyage multigénérationnel. Une proportion comparable mentionne les préoccupations de santé et de sécurité, tandis que 28 % soulignent les différences de besoins alimentaires.

La conception des offres doit donc intégrer simultanément :

  • des activités communes ;
  • des possibilités de séparation temporaire ;
  • différents niveaux d’effort physique ;
  • des transports accessibles ;
  • une forte flexibilité dans l’organisation ;
  • une prise en compte des contraintes de santé et d’alimentation.

L’accessibilité bénéficie à toutes les générations

L’étude souligne que les infrastructures conçues pour les personnes âgées peuvent bénéficier à l’ensemble des voyageurs.

Des aéroports plus simples à parcourir, des plages accessibles, des transports adaptés ou des espaces de repos sont utiles aux personnes âgées, mais aussi aux familles avec de jeunes enfants et aux personnes en situation de handicap.

Le rapport cite l’exemple du programme irlandais Age-Friendly Cities and Communities, qui montre comment une approche centrée sur l’accessibilité peut améliorer l’expérience de plusieurs catégories de population.

L’accessibilité n’est donc pas seulement considérée comme une réponse aux limitations liées à l’âge. Elle devient une composante de la qualité globale de l’offre touristique.

Des freins économiques et professionnels encore importants

Le potentiel du marché reste cependant limité par plusieurs obstacles.

Le premier concerne le coût. La hausse des dépenses liées au logement, à l’alimentation, aux transports et à la santé réduit le budget disponible pour les loisirs.

Pour les personnes qui ne disposent pas de congés rémunérés, le coût du voyage est double : elles doivent financer le séjour tout en supportant une perte de revenus.

Les politiques de congés constituent un autre frein. Certains salariés disposent de jours de vacances, mais hésitent à les utiliser en raison de la culture de leur entreprise.

Cette situation concerne également les personnes qui continuent à travailler au-delà de l’âge traditionnel de départ à la retraite.

Les aidants familiaux rencontrent, de leur côté, des contraintes logistiques spécifiques. Les membres de la génération dite « sandwich », qui accompagnent simultanément leurs enfants et leurs parents, doivent gérer des besoins parfois contradictoires.

Des recommandations pour les entreprises

Le rapport invite les entreprises à adapter leur offre autour de quatre axes.

Le premier consiste à concevoir des services destinés à toutes les générations, en intégrant l’accessibilité dès la création de l’offre.

Le deuxième vise à réduire les barrières financières. Les auteurs suggèrent notamment des paiements échelonnés, des délais de réservation plus longs et des tarifs de groupe.

Le troisième repose sur la reconnaissance de la longévité comme une opportunité économique. Le vieillissement de la population n’est pas présenté comme une contrainte démographique, mais comme une transformation structurelle des marchés.

Enfin, le rapport recommande de ne plus vendre uniquement un transport ou une destination.

Les acteurs du tourisme peuvent valoriser les résultats recherchés par les clients : amélioration du bien-être, activité physique, rapprochement familial, stimulation cognitive, transmission et création de souvenirs.

Saga, un exemple de spécialisation sur les plus de 50 ans

Le rapport présente le groupe britannique Saga comme l’un des exemples les plus avancés de spécialisation sur le marché des plus de 50 ans.

Saga propose des voyages, des circuits et des croisières intégrant différents services : prise en charge à domicile avec chauffeur, assurances, prestations tout compris et niveau élevé de confort.

Cette adaptation de l’offre a participé au retour à la rentabilité de l’activité voyage.

L’entreprise a enregistré une progression de 13 % de ses revenus réservés dans son activité vacances. Dans les croisières océaniques, les clients récurrents représentaient environ les deux tiers des réservations au premier semestre 2025, avec un taux d’occupation de 92 %.

Le cas Saga montre que la prise en compte des attentes des voyageurs plus âgés peut produire de la fidélité et une forte récurrence d’achat.

Un marché à la croisée du tourisme, de la santé et de la transmission

Le voyage multigénérationnel ne relève pas uniquement du tourisme familial.

Il se situe à la croisée de plusieurs transformations : l’allongement de la vie, la concentration du patrimoine chez les générations les plus âgées, l’éloignement géographique des familles et la volonté croissante de privilégier les expériences.

Le rapport présente ainsi ce marché comme un levier potentiel de longévité en bonne santé, de cohésion sociale et de développement économique.

Son développement dépendra toutefois de la capacité des entreprises, des employeurs et des pouvoirs publics à rendre les voyages plus accessibles, plus flexibles et réellement adaptés à la diversité des générations.

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