Une étude menée par Swiss Re avec le cabinet Catalyx analyse les attentes des consommateurs âgés de 50 à 75 ans en France et en Allemagne. Elle met en évidence des priorités différentes selon les deux pays, mais aussi une attente commune : disposer de solutions simples, accessibles et adaptées aux conséquences financières du vieillissement.
Une étude centrée sur les besoins concrets
Les travaux ont été réalisés auprès de personnes âgées de 50 à 75 ans disposant d’un revenu supérieur au revenu médian de leur pays.
Une première phase qualitative a été menée auprès d’environ 200 personnes dans chacun des deux marchés. Elle visait à identifier les principaux objectifs poursuivis par les consommateurs lorsqu’ils recherchent un produit ou un service.
Ces objectifs, désignés dans l’étude par l’expression « Jobs To Be Done », ont ensuite été évalués dans le cadre d’une enquête quantitative réalisée auprès d’environ 1 000 consommateurs.
Swiss Re a notamment utilisé la méthode MaxDiff, qui consiste à demander aux participants de sélectionner, parmi plusieurs propositions, celles qu’ils considèrent comme les plus importantes et les moins importantes. Cette méthode permet de hiérarchiser plus précisément les priorités exprimées.
L’étude mesure également le caractère urgent de chaque besoin, le niveau de satisfaction apporté par les solutions existantes et la disposition des consommateurs à payer davantage pour une réponse jugée plus adaptée.
Des attentes différentes en France et en Allemagne
Les résultats montrent que les préoccupations liées au vieillissement ne s’expriment pas de la même manière dans les deux pays.
En Allemagne, les consommateurs accordent une importance particulière aux conséquences financières d’une dégradation de leur état de santé. En France, les priorités portent davantage sur la protection des proches, la stabilité des revenus à la retraite et le financement de la dépendance.
Dans les deux cas, les personnes interrogées ne raisonnent pas d’abord en fonction d’une catégorie de produits d’assurance. Elles recherchent des solutions répondant à des situations concrètes : préserver leur autonomie, maintenir leur niveau de vie, protéger leur entourage ou faire face à des dépenses imprévues.
En Allemagne, la santé arrive en tête des préoccupations
Trois priorités ressortent auprès des consommateurs allemands :
- se protéger contre les conséquences imprévues d’une dégradation de l’état de santé ;
- pouvoir faire face à des dépenses imprévues, notamment sous l’effet de l’inflation ;
- disposer de revenus complémentaires à la retraite publique.
La première préoccupation domine nettement les autres. Son niveau de pertinence est supérieur à deux fois et demie la moyenne des besoins étudiés. Elle obtient également des résultats élevés en matière d’urgence, d’insuffisance des solutions existantes et de volonté de payer davantage.
Les consommateurs souhaitent s’assurer que les dispositions déjà prises seront suffisantes si leur état de santé se détériore. Les dépenses médicales et les coûts liés à la dépendance sont fréquemment associés dans leurs réponses.
Cette priorité est encore plus marquée parmi les personnes âgées de 66 à 75 ans. Pour cette tranche d’âge, son indice de pertinence atteint 314, contre une moyenne fixée à 100. Il s’établit à 243 chez les 50-65 ans.
Une inquiétude croissante envers le système de santé allemand
L’étude relie ces attentes à une baisse de confiance dans la capacité du système de santé allemand à rester accessible et performant.
Selon les données citées par Swiss Re, la proportion d’Allemands déclarant avoir peu ou pas confiance dans la capacité des responsables politiques à garantir des soins de qualité et financièrement accessibles serait passée de 30 % à 60 % entre 2020 et 2023.
Les décisions sont souvent prises après une évolution de l’état de santé, plutôt que dans une logique d’anticipation. Une maladie, une aggravation d’un problème existant ou l’apparition d’une fragilité peuvent alors déclencher la recherche d’une protection supplémentaire.
Dans ce domaine, les assureurs sont identifiés comme des interlocuteurs possibles. Les assureurs spécialisés et les banques sont cités par 13 % des répondants parmi les acteurs auxquels ils seraient les plus susceptibles de demander conseil. Les grands assureurs arrivent juste derrière, avec 12 %.
En France, la protection des proches domine
En France, les trois principales priorités identifiées sont :
- protéger ses proches ;
- disposer d’un revenu régulier suffisant pour se sentir en sécurité financièrement ;
- prévoir et financer ses besoins en cas de dépendance.
La protection des proches obtient l’indice le plus élevé, avec un score de 226, contre une moyenne de 100. La sécurité financière arrive ensuite avec un indice de 150, devant le financement de la dépendance, qui atteint 138.
Même si la France dispose déjà d’un marché de l’assurance dépendance développé, avec environ 1,4 million d’assurés, les besoins liés à la perte d’autonomie restent considérés comme insuffisamment couverts.
Les personnes interrogées expriment notamment le souhait d’anticiper leur propre vieillissement afin de ne pas devenir une charge pour leurs enfants.
Le vieillissement des parents agit comme un déclencheur
L’expérience de la dépendance dans l’entourage joue un rôle important dans la prise de conscience.
Le vieillissement d’un parent, la fragilisation d’un proche ou la visite d’un établissement d’hébergement amènent les consommateurs à réfléchir à leur propre situation future.
Cette réflexion porte sur plusieurs dimensions : la possibilité de rester chez soi le plus longtemps possible, l’adaptation du logement, la préservation de l’autonomie et la constitution de ressources suffisantes pour financer les dépenses futures.
Contrairement aux résultats observés en Allemagne, les réponses françaises sont relativement homogènes. Les priorités évoluent peu selon l’âge, le revenu, le sexe ou le lieu de résidence des personnes interrogées.
Une demande de solutions globales
Les consommateurs français ne séparent pas strictement les questions de retraite, de dépendance et de maintien à domicile.
Ils privilégient des solutions globales permettant à la fois de sécuriser leurs revenus, de financer une éventuelle perte d’autonomie et de bénéficier d’un accompagnement adapté à l’évolution de leur situation.
Le système français offre actuellement des taux nets de remplacement à la retraite proches de 70 %, parmi les plus élevés au monde selon les données reprises dans l’étude. Les consommateurs peuvent néanmoins avoir besoin de ressources supplémentaires lorsque surviennent les dépenses liées à la dépendance.
Swiss Re souligne en particulier le manque de couverture aux premiers stades de la perte d’autonomie. L’assurance privée intervient plus fréquemment lorsque la dépendance est déjà avancée, alors que certains besoins matériels et financiers apparaissent plus tôt.
Les produits d’assurance, les régimes de retraite obligatoires et les régimes complémentaires sont ainsi envisagés comme des sources de financement complémentaires.
Le rôle déterminant de la confiance dans les systèmes publics
Au-delà du niveau réel de protection sociale, l’étude met en évidence l’importance de la perception des systèmes publics.
La confiance accordée aux dispositifs de santé, de retraite et d’aide sociale influence directement la propension des consommateurs à rechercher des solutions privées.
Les attentes varient donc selon l’organisation de chaque marché, la situation financière des ménages et la manière dont les individus évaluent la solidité des protections existantes.
Cette diversité limite la pertinence des offres standardisées conçues de manière identique pour plusieurs pays ou plusieurs catégories de consommateurs.
Des offres encore jugées complexes et coûteuses
Swiss Re constate que de nombreux produits destinés aux seniors peinent encore à trouver leur marché.
Plusieurs facteurs sont avancés : la complexité des offres, une distribution insuffisante ou inadaptée et des prix considérés comme trop élevés au moment où les consommateurs souhaitent souscrire.
Certains produits peuvent également être difficiles à commercialiser lorsque les réseaux de distribution les connaissent mal ou lorsque les contraintes réglementaires compliquent leur diffusion.
Le coût constitue un enjeu particulier, car la demande apparaît souvent à un âge où le niveau de risque est déjà plus élevé.
Une coopération entre acteurs publics et privés
L’étude estime que le secteur de l’assurance ne peut pas répondre seul à l’ensemble des enjeux liés au vieillissement.
Les besoins identifiés concernent à la fois la santé, la retraite, le logement, la dépendance, les services d’accompagnement et la protection sociale. Ils nécessitent donc une coopération entre assureurs, pouvoirs publics, professionnels de santé et autres opérateurs privés.
Swiss Re considère que les futures solutions devront être accessibles financièrement, faciles à comprendre, distribuées à grande échelle et suffisamment pérennes pour protéger les consommateurs sur la durée.
L’étude recommande enfin de tester les propositions auprès des consommateurs et des distributeurs avant leur lancement, afin de vérifier leur compréhension, leur pertinence et leur capacité à répondre aux attentes propres à chaque marché.


