Consommation alimentaire des seniors : ce qui change

Consommation alimentaire des seniors ce qui change

L’étude FranceAgriMer, janvier 2026 : “La consommation alimentaire des seniors entre 2007 et 2024 : entre distinction et homogénéisation des comportements alimentaires.” analyse les achats alimentaires à domicile des ménages dont la personne responsable des achats a 65 ans ou plus, sur la période 2007-2024, à partir du panel Worldpanel by Numerator. Elle ne couvre donc pas la restauration hors domicile, les vacances, les EHPAD ni les achats collectifs.

L’idée centrale est simple : les seniors restent un groupe alimentaire distinctif, mais leurs comportements se rapprochent progressivement de ceux du reste de la population sur certains points.

Chiffres clés

En 2024, les plus de 65 ans représentent environ 14 millions de personnes, soit 22 % de la population française.

Ils pèsent environ 40 milliards d’euros d’achats alimentaires à domicile, soit près de 30 % des achats alimentaires du pays.

Leur panier reste plus orienté vers les produits frais traditionnels que celui des autres générations : environ 37 % de leurs dépenses alimentaires, contre 21 % chez les moins de 35 ans.

La viande reste leur premier poste de dépenses alimentaires : environ 20 % du budget, soit près de 9 milliards d’euros.

Ce qui distingue encore fortement les seniors

Les seniors restent très attachés à la cuisine traditionnelle, au fait maison et aux produits frais. L’étude rappelle que les 65-79 ans consomment davantage d’aliments faits maison que la moyenne des adultes.

Ils achètent plus de fruits frais, plus de produits frais traditionnels, plus de viande, plus de produits bio et fréquentent davantage les marchés, les primeurs et les circuits spécialisés.

Ils sont aussi plus attentifs à la santé, à la qualité, aux signes officiels de qualité, au mode de production et à la liste des ingrédients. Leur rapport au bio est davantage porté par la santé et la qualité que par l’écologie seule.

Ce qui évolue

Le point intéressant est que les seniors ne sont pas figés. Ils consomment de plus en plus de produits à code-barres, donc de produits de grande consommation. La part des PGC dans leurs dépenses est passée de 58 % en 2019 à 63 % en 2024.

Ils achètent aussi davantage de plats préparés. En 2024, un senior achète en moyenne 11 kg de plats préparés par an, soit plus que la moyenne française. L’étude explique cela par plusieurs facteurs : vieillissement, recherche de praticité, veuvage, perte d’autonomie partielle, mais aussi arrivée dans la catégorie “65 ans et plus” de générations déjà habituées aux plats préparés.

Autrement dit : ce n’est pas seulement “les seniors changent”, c’est aussi la composition générationnelle des seniors qui change.

Résilience face aux crises

L’étude insiste sur la forte résilience alimentaire des seniors pendant les crises récentes.

Pendant le Covid, leurs achats à domicile ont moins augmenté que ceux des actifs, parce qu’ils consommaient déjà davantage à domicile.

Pendant l’inflation 2022-2023, ils ont mieux maintenu leurs volumes d’achat que les autres générations. En 2024, par rapport à 2019, leurs dépenses alimentaires sont supérieures de 34 %, les volumes de PGC de 19 % et les volumes de produits frais traditionnels de 5 %.

C’est un point important : en moyenne, les seniors ont davantage protégé leur panier alimentaire que les plus jeunes.

Bio, viande et écologie : un rapport spécifique

Les seniors consomment plus de bio que la moyenne, notamment en fruits et légumes. En 2024, ils achètent 6,2 kg de fruits et légumes bio par personne, contre 3,9 kg en moyenne.

Mais ils ne sont pas les plus engagés dans les régimes végétariens ou végétaliens. Seulement 2 % des plus de 65 ans déclarent suivre un régime végétarien ou végétalien, contre 8 % en moyenne.

Ils achètent aussi beaucoup plus de viande : 54 kg par personne en 2024, contre 44 kg en moyenne.

Donc leur transition alimentaire est moins idéologique et moins radicale. Elle passe davantage par des gestes de “bon sens” : produits locaux, saisonnalité, qualité, bio, réduction du gaspillage, marchés, proximité.

Circuits d’achat

Pour les fruits et légumes, les seniors fréquentent davantage les circuits spécialisés : marchés, primeurs, grandes surfaces frais.

Ils privilégient aussi les formats de proximité : supermarchés et petites surfaces plutôt qu’hypermarchés. Cela s’explique par la proximité, les paniers plus petits, les achats réguliers, le lien social et la possibilité de mieux voir ou choisir les produits.

Le drive reste minoritaire chez eux : 6 % des ménages seniors l’utilisent pour les fruits et légumes contre 25 % en moyenne, mais sa progression est réelle. La digitalisation des seniors va probablement accélérer cette évolution, surtout chez les jeunes seniors.

Conclusion de l’étude

FranceAgriMer conclut que les seniors ont des comportements alimentaires à la fois :

  1. Distinctifs : produits frais, viande, cuisine traditionnelle, bio, marchés, santé, qualité.
  2. Résilients : ils ont mieux résisté aux crises alimentaires et inflationnistes.
  3. En voie d’homogénéisation : plus de plats préparés, plus de produits à code-barres, plus de drive, plus de grandes surfaces frais.

Mon point de lecture critique

L’étude est utile, mais elle a une limite importante : elle parle des “seniors” comme un bloc de 65 ans et plus. Or c’est très insuffisant. Un jeune retraité de 66 ans, autonome, connecté, sportif, n’a pas les mêmes arbitrages qu’une personne de 84 ans vivant seule avec des difficultés de mobilité.

La piste la plus intéressante pour toi est là : le marché alimentaire senior n’est pas seulement un marché de besoins nutritionnels. C’est un marché d’arbitrages entre santé, plaisir, habitudes, autonomie, praticité, budget, identité et confiance.

Et l’étude montre bien une chose : les seniors ne refusent pas le changement. Ils refusent surtout les changements qui ne respectent pas leur système de valeurs alimentaire.

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