La Banque des Territoires annonce avoir engagé 1,8 milliard d’euros en 2025 dans le cadre de son programme Santé et Grand Âge. Ce montant représente déjà plus d’un tiers de l’enveloppe totale de 5 milliards d’euros prévue d’ici 2028.
Au-delà du chiffre, cette annonce marque un signal important pour les acteurs de la Silver Économie : le vieillissement n’est plus seulement traité comme un sujet médico-social. Il devient un enjeu structurant d’aménagement du territoire, d’accès aux soins, d’habitat, de prévention et de cohésion sociale.
Un double défi : accès aux soins et vieillissement de la population
Le programme Santé et Grand Âge de la Banque des Territoires vise à répondre à deux tensions majeures.
La première concerne l’accès aux soins. En 2024, six millions de Français étaient sans médecin traitant, tandis qu’une grande partie du territoire faisait face à des difficultés d’accès aux soins. Dans ce contexte, la Banque des Territoires entend soutenir à la fois les hôpitaux, les maisons de santé, les centres de santé et les dispositifs mobiles.
La seconde tension concerne le vieillissement de la population. D’ici 2040, un Français sur quatre aura plus de 65 ans. Cette évolution impose de repenser les parcours résidentiels, depuis le maintien à domicile jusqu’aux établissements médico-sociaux, en passant par l’habitat partagé, l’habitat inclusif et les résidences autonomie.
770 millions d’euros pour renforcer l’offre de soins
En 2025, 770 millions d’euros de prêts ont été engagés auprès des acteurs de santé, à l’hôpital comme en ville.
La Banque des Territoires a notamment accompagné 42 établissements publics hospitaliers, pour un montant total de 690 millions d’euros. L’objectif est de soutenir la modernisation des établissements de santé publics et privés, dans une logique de cohésion territoriale.
Autre axe important : le lancement du Prêt Territoires Santé, destiné à accélérer la création de maisons et centres de santé pluriprofessionnels dans les territoires prioritaires identifiés par les Agences régionales de santé. L’enjeu est clair : favoriser l’installation durable des professionnels de santé et développer l’exercice coordonné dans les zones les plus fragiles.
La Banque des Territoires confirme également son engagement dans le déploiement de 70 nouveaux Médicobus. Ces unités mobiles de consultation s’inscrivent dans une logique d’« aller vers » les populations éloignées de l’offre de soins.
La prévention devient un axe stratégique
L’un des points les plus intéressants du communiqué est la place accordée à la prévention.
La Banque des Territoires participe à hauteur de 20 millions d’euros au Fonds Prévention Numérique, géré par Bpifrance. Plusieurs démonstrateurs territoriaux doivent également être lancés, dont un premier en région PACA autour de la responsabilité populationnelle, en partenariat avec la Fédération hospitalière de France.
Ce démonstrateur vise à accélérer la prévention de deux pathologies : le diabète et l’insuffisance cardiaque.
C’est un point important pour les professionnels du bien vieillir : la prévention commence à être traitée comme une infrastructure territoriale, et non plus seulement comme une addition d’initiatives isolées.
Le grand âge devient un pilier des politiques territoriales
Sur le volet grand âge, la Banque des Territoires annonce avoir engagé 945 millions d’euros de prêts en 2025, soit une hausse de 87 % par rapport à l’année précédente.
Deux priorités sont mises en avant.
La première concerne les résidences autonomie. Les besoins sont estimés à 120 000 places supplémentaires d’ici 2040, soit cinq fois le rythme actuel de création. Pour relever ce défi, la Banque des Territoires souhaite renforcer ses partenariats avec les bailleurs sociaux et les grands opérateurs du secteur.
Elle ambitionne également de créer, avec des investisseurs institutionnels, une foncière nationale dédiée à l’habitat inclusif et partagé, avec un objectif de 1 000 nouvelles places.
La seconde priorité concerne la modernisation et le développement des EHPAD, afin de répondre à la fois aux attentes des résidents et aux besoins liés à la transition démographique.
Ce que cette annonce dit de l’évolution de la Silver Économie
Cette annonce confirme une tendance de fond : le vieillissement devient un sujet d’investissement massif, mais aussi de recomposition des politiques publiques locales.
Pendant longtemps, la Silver Économie a été présentée comme un marché porté par la démographie. Le raisonnement était simple : plus de personnes âgées, donc plus de besoins, donc plus de marchés.
Cette lecture est insuffisante.
Le communiqué de la Banque des Territoires montre au contraire que les enjeux du vieillissement sont désormais liés à des systèmes complexes : accès aux soins, habitat, prévention, mobilité, attractivité des territoires, coordination des professionnels, modèles économiques et capacité à faire émerger des projets localement.
Autrement dit, la question n’est pas seulement : combien de seniors auront besoin de solutions ?
La vraie question devient : quels territoires seront capables d’organiser des réponses accessibles, acceptables et durables ?
Un signal fort pour les acteurs publics et privés
Pour les collectivités, cette montée en puissance ouvre des perspectives importantes. Les territoires qui sauront structurer des projets cohérents autour de la santé, de l’habitat et du bien vieillir pourront bénéficier de leviers financiers significatifs.
Pour les opérateurs privés, les bailleurs sociaux, les acteurs médico-sociaux, les professionnels de santé et les entreprises de la Silver Économie, le message est également clair : les projets isolés auront de plus en plus de mal à s’imposer.
Les initiatives les plus solides seront probablement celles qui s’inscriront dans une logique de parcours, de coopération locale et de réponse à des besoins territoriaux identifiés.
Une nouvelle étape pour le bien vieillir en France
Avec 1,8 milliard d’euros engagés en une seule année, la Banque des Territoires confirme que la santé et le grand âge deviennent des priorités d’investissement à grande échelle.
Mais cette dynamique ne suffira pas à elle seule.
L’enjeu sera désormais de transformer ces financements en solutions réellement utilisées, réellement comprises et réellement acceptées par les personnes concernées, leurs familles, les professionnels et les territoires.
C’est probablement là que se jouera la prochaine étape de la Silver Économie : non pas seulement financer davantage, mais mieux relier les financements, les usages, les décisions et les réalités de terrain.


