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La réalité virtuelle a promis d’enrichir notre avenir pendant des décennies. Mais ce n’est que maintenant, dans les Ehpad, que la technologie semble apporter des vrais bénéfices.

Nous pouvons avoir le sentiment que nous avons eu des décennies de faux départs pour la réalité virtuelle. 

Promis être l’avenir des divertissements pour les masses dès les années 50, ce n’est qu’en 1991 que Sega a lancé le premier casque de jeu grand public en réalité virtuelle avec Sega VR1. Mais ce n’est que maintenant, près de 30 ans plus tard, que la réalité virtuelle commence à tenir vraiment ses promesses de transporter les utilisateurs loin de leur environnement.

Depuis quelques temps, la réalité virtuelle entre dans les Ehpad.

Ainsi, la start-Up FeelU développe son concept de voyage immersif dans le but de proposer aux publics fragilisés (en perte d’autonomie et/ou atteint de handicaps) un outil thérapeutique non médicamenteux innovant.

Une solution inclusive est proposée en EHPAD et en résidence senior.

Le senior enfile un masque de réalité virtuelle, l’aidant lance alors une expérience depuis son smartphone. Le senior profite alors du voyage que ce soit en France ou à l’autre bout du monde, une expérience de relaxation ou avec des sensations fortes.

Interview de Virginie Verrière Fondatrice & CEO de FeelU et de David Verrière, le CTO

Pouvez-vous présenter votre activité ?

David Verrière : Nous intervenons depuis trois ans, auprès des Seniors sous différentes formes : une des premières était la valorisation de mémoires générationnelles (transmission de mémoire). Nous avons interviewé des Seniors et les discours audio étaient mis dans des médias immersifs. Nous avons d’abord commencé avec des photos et ensuite, nous nous sommes orientés vers le mode vidéo 360, ce qui nous a ensuite amené, naturellement, vers la réalité virtuelle.

Virginie Verrière : Lorsque nous avons créé le projet FeelU, nous cherchions un média qui pouvait faire le lien intergénérationnel entre les Seniors qui ne sont pas toujours tous connectés et les jeunes qui le sont et qui communiquent beaucoup sur les réseaux sociaux.

Ainsi, nous nous cherchions un média qui pouvait relier les différentes générations. Très rapidement, les médias immersifs nous sont parus un support adapté aux différentes générations.

En quoi est-ce que ces médias relient les générations ?

Virginie Verrière : Les personnes les plus âgées, généralement, ne sont pas connectées et n’ont pas utilisé d’ordinateur ni de tablette. Seuls les plus connectés ont réussi à s’adapter à l’évolution rapide des technologie et le marché des tablettes “senior” n’a pas répondu au besoin de lien social entre les générations.
De son côté, la réalité virtuelle reste à la base un écran et se rapproche ainsi de la télévision que les Seniors connaissent. Ainsi, ils peuvent utiliser ce média spécifique sans avoir de compétence particulière.

Pour les plus jeunes générations, la réalité virtuelle reste un média encore très appétant, parce qu’il est nouveau et il y a beaucoup de jeux autour. Ainsi, dès que nous communiquons sur le sujet de la réalité virtuelle, les jeunes se montrent très intéressés.

David Verrière : Cela nous permet de retranscrire les discours des anciens sur une technologie innovante. On note que les Seniors ne sont pas en rupture technologique, justement, grâce à la réalité virtuelle, parce que l’accès est facilité par notre application et les bénéfices sont immédiats.

Ensuite, les Seniors se montrent très intéressés par cette technologie car seulement 40%des français ont déjà utilisé cette technologie. Ainsi, les Seniors qui utilisent ces technologies se montrent, en quelque sorte, avant-gardistes.

Cette technologie vous permet d’être « là » au milieu de la scène et de partager plus facilement des souvenirs.

Depuis le début de l’année 2019, nous avons proposé l’emploi de la technologie de réalité virtuelle pour permettre le voyage virtuel et l’accès à des moments qui peuvent manquer lorsque l’on avance dans l’âge et que certaines activités ne sont plus adaptées.

On nous a dit, au début, que la réalité virtuelle était peut-être trop avant-gardiste pour les Seniors.

Il s’est avéré que Languedoc Mutualité qui gère plusieurs EHPAD, nous a suggéré d’utiliser quand même, le masque de réalité virtuelle, convaincu de l’intérêt pour ses résidents.

Nous avons ainsi adapté notre démarche d’inclusion numérique et les résultats ont été positifs dès la première séance.

Auparavant, nous avions déjà mesuré les bénéfices du voyage virtuel avec les EHPAD, mais sans le masque de réalité virtuelle : notre caravane proposait l’immersion au coeur du patrimoine régional grâce aux fenêtres remplacées par des écrans.Quatre Seniors embarquent ainsi l’intérieur de la caravane, assis à une table pour un voyage et une expérience inédite.

Autour d’elles, les “fenêtres” diffusaient une vidéo à 180°, dans laquelle ils pouvaient se déplacer grâce à un joystick, et découvrir les anecdotes audio du patrimoine en savourant les spécialités locales.

Cette première expérience ayant suscité des échanges et des réactions très positives des résidents, nous avons poursuivi ces voyages pendant 6 mois avec les masques : Les résultats ont été aussi concluant sur le bien-être des résidents pendant et après l’expérience. L’attente de ces voyages a permis de recréer une envie commune des résidents et du personnel de revivre cette expérience.

Nous demandons après chaque voyage une destination qu’il souhaiteraient vivre ou revivre : et notre catalogue s’est enrichi en fonction de ces attentes.

 

Quelles sont les applications de la réalité virtuelle avec les Seniors ?

Virginie Verrière : Une des premières applications que nous avons menées dans les EHPAD est celle du voyage.

Avec, les résidents, même s’ils ne marchent pas, peuvent retrouver des sensations d’une balade.

David Verrière : Très concrètement, nous étions il y a quelques semaines dans un EHPAD, avec un voyage qui est basé sur une randonnée dans les Calanques de Marseille. Nous avons ainsi proposé cette balade virtuelle aux résidents et certains se sont souvenus de voyages qu’ils avaient faite dans le passé et nous ont partagé leurs souvenirs.

D’autres découvraient ce voyage et étaient très contents, car ils savaient que leurs enfants l’avaient fait également.

Ainsi, la réalité virtuelle n’est pas une fin en soi, mais au contraire un point de départ pour permettre aux résidents de retrouver et de partager leurs souvenirs.

Les résidents sont mis dans une situation, vont activer leur souvenir et partager leurs sentiments.

Virginie Verrière : Ces voyages virtuels recréent l’envie de voyager, de se poser la question « où voudrais-je aller ? ». C’est une question que les résidents d’un Ehpad ne se posent plus.

Ainsi, la réalité virtuelle ouvre un champ des possibles qui est assez infini.

Le premier champ d’application de la réalité réelle virtuelle concerne les personnes qui sont en perte d’autonomie.

Dans le deuxième, lorsque nous nous adressons à des Seniors autonomes, nous travaillons plus sur le patrimoine humain. Non seulement, ils sont précurseur en tant qu’utilisateurs des nouvelles technologies et en plus, ils sont acteurs en diffusant leurs mémoires qui viennent enrichir les visites virtuelles.

Ainsi, ils peuvent partager leurs souvenirs avec d’autres générations.

Sur ce même volet, nous avons également une action en direction des plus jeunes qui vont interviewer des Seniors. Par cette action, nous avons une vocation de sensibiliser les plus jeunes, aux patrimoines humains des anciens.

Pourquoi les Ehpad s’intéressent-ils à la réalité virtuelle ?

David Verrière : Nous avons testé la réalité virtuelle sur les personnes qui ont des troubles cognitifs et résident dans des EHPAD. Il n’est pas toujours simple d’organiser des activités inclusives et adaptés aux différentes bénéficiaires

Par exemple, pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, nous avons une palette de films qui sont apaisants avec, par exemple, une invitation à s’allonger virtuellement dans l’herbe dans les Alpes, en train de regarder la Voie lactée.

Ces résidents sont parfois frileux pour participer aux activités de groupe. Dans ce cas, accompagnés d’animateurs ou de soignants, nous proposons le voyage en chambre: ils sont alors conquis et apaisés dès les premières minutes et ont rapidement demandé avoir d’autres voyages.

Le voyage virtuel redonne le goût de voyager et de participer aux activités collectives.

Cette expérience amène de la joie et de la bonne humeur chez les résidents, ne serait-ce qu’en observant un autre résident porter un masque et réagir avec beaucoup d’enthousiasme.

Donc, la réalité virtuelle permet d’apaiser les résidents et de recréer du lien avec leurs aide-soignants.
Bien évidemment, les aides-soignants connaissent leurs résidents, mais ils ne connaissent pas forcément la vie passée de leurs résidents. Ces activités leur permettent de mieux comprendre la vie passée de leurs résidents.

Nous nous sommes aperçus que l’usage du voyage, avec des voyages, auprès de personnes qui sont atteintes de la maladie d’Alzheimer, permettaient à ces personnes, de se rappeler des souvenirs.

Virginie Verrière : Aujourd’hui, nous sommes en train de mener un projet pour justement, mesurer l’impact de l’usage de la réalité virtuelle sur les résidents et notamment, sur les résidents qui sont angoissés ou déprimés.

Nous voulons également mesurer les impacts sur les nouveaux résidents, qui arrivent dans l’établissement et qui passent par une période qui n’est pas forcément facile.

Enfin, nous nous intéressons aussi aux personnes qui sont atteintes de troubles cognitifs assez forts.

Ce dispositif permet également aux familles de passer un moment avec leurs parents et les autres résidents avec un sujet commun que sont les voyages autre que la situation du résident.

David Verrière : Ainsi, nous travaillons avec le laboratoire i2ml (Institut méditerranéen des Métier de la Longévité)depuis trois ans, ce qui nous a permis de travailler étape par étape pour trouver ce qui fonctionnait de mieux et qu’elle était les attentes de ces Seniors en établissements.

Virginie Verrière : Ainsi, nous voulons mesurer l’impact de la réalité virtuelle sur les résidents, sur le personnel, mais aussi sur l’organisation plus générale des établissements.

 

 

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