Dans le cadre du programme national de revitalisation des centres-bourgs, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET) publie une étude originale sur « L’action des bourgs face à l’enjeu du vieillissement de la population ». Elle s’appuie sur l’analyse de 25 dossiers de candidatures au programme national de revitalisation. L’échantillon regroupe des petites villes comme Orbec, Lizy-sur-Ourcq, Tournus, Salins-les-Bains, Barbezieux, Decazeville, Lavelanet, Castellane…

Selon le rapport de l’Observatoire des territoires paru en mai 2015, le phénomène de vieillissement de la population se présente en France de façon hétérogène selon les territoires. Devant ces évolutions démographiques, les territoires n’offrent pas les mêmes capacités d’accueil et de prise en charge du risque de dépendance, pour lequel les besoins iront croissants.

Les territoires peu denses concentrent davantage de personnes âgées.

Les plus de 65 ans sont plus présents dans les espaces à faible densité démographique et d’emploi (quart sud-ouest) que dans le cœur des grandes aires urbaines. Néanmoins, les évolutions démographiques récentes remettent en cause cette spécificité des territoires les plus ruraux. En effet, la part des plus de 65 ans dans les centres urbains a progressé de 1999 à 2011 (par exemple, dans les espaces frontaliers de l’est et dans l’ouest de l’Île-de– France).

Deux dynamiques territoriales de vieillissement en France.

Au sud et à l’ouest, l’augmentation de la part des plus de 65 ans est alimentée par l’arrivée de nouveaux résidents âgés. Au nord et à l’est, elle est davantage due au vieillissement des populations en place conjugué à une faible attractivité de ces régions pour les jeunes. Plus généralement, les migrations des personnes âgées traduisent une préférence pour les territoires peu denses mais également littoraux ou méridionaux. La population vieillit donc en France, comme dans le reste de l’Europe, mais reste plus jeune que la moyenne grâce à un vieillissement « par le haut » croisant un allongement de l’espérance de vie et un taux de fécondité élevé. Ainsi, en 2011, la part des plus de 65 ans est plus faible en France (16,7 %) que la moyenne européenne (17,6 %).

À l’horizon 2040, les projections de population montrent une forte progression de la part des personnes de plus de 65 ans en France. Cette progression pourrait atteindre jusqu’à plus de 10 points de pourcentage pour la moitié des départements français, et la part des personnes de plus de 65 ans pourrait représenter 22 % de la population.

L’appréhension du vieillissement dans les projets de revitalisation des bourgs-centres

Le vieillissement est généralement entendu comme une augmentation de la part des personnes âgées dans la population totale. Il se distingue de la géronto-croissance, qui dénote une hausse du nombre de personnes âgées, sans nécessairement augmenter la part de celles-ci dans la population.

Ce phénomène a d’abord induit auprès des acteurs publics, en particulier l’État et les conseils départementaux, une approche en termes de santé et de services. La traduction territoriale de ce phénomène est pourtant beaucoup plus large car elle impacte les offres d’habitat et de mobilité ainsi que le modèle social. Le vieillissement est donc pour les territoires un enjeu d’adaptation (habitat, mobilité, services, santé, etc.) mais également une opportunité de création ou de développement d’activités économiques.

Néanmoins, les territoires sont inégaux face au vieillissement de la population. En effet, on observe sur certains territoires une rupture ou une forte inadaptation des offres de soins, de services, d’habitat ou de mobilité pour les plus âgés. Un phénomène de paupérisation des personnes âgées, notamment dans les centres-villes, se remarque également sur un nombre croissant de territoires.

L’analyse des actions des bourgs révèle qu’ils s’inscrivent dans une approche « classique » du vieillissement, c’est-à-dire centrée sur les questions de santé et de services. Les opportunités économiques (par exemple, : consommation locale, nouvelles activités pour les artisans en matière de domotique…) sont rarement évoquées. Or, des gisements d’activité résident dans la recherche d’une meilleure réponse aux besoins des personnes âgées. Le vieillissement est ainsi un potentiel pour les acteurs de l’économie résidentielle mais également pour ceux de la recherche et de l’innovation (par exemple, via les gérontopôles). Les opportunités sociales liées au vieillissement de la population sont également rarement évoquées. Ainsi, si la quasi-totalité des bourgs met en avant dans son dossier de candidature la richesse de son tissu associatif, aucun d’eux ne l’associe à la présence des plus âgés sur le territoire, qui sont souvent porteurs et moteurs de ces associations.

Des stratégies tournées vers l’accueil des jeunes, des ménages avec enfants et des catégories socio-professionnelles supérieures (CSP+)

Le vieillissement est différemment appréhendé selon la dynamique démographique du bourg :

• dans les bourgs qui perdent de la population, le vieillissement est un élément de fragilité du centre qui se cumule à d’autres tels que la perte de population, la baisse du nombre d’actifs, le déficit migratoire… Ces centres-bourgs vieillissent en raison de leur défaut d’attractivité résidentielle et économique.

• dans les bourgs qui ne perdent pas ou peu de population, le vieillissement est considéré comme un phénomène à maîtriser. Face à ces constats, les bourgs choisissent de développer des stratégies visant l’accueil des jeunes, des ménages avec enfants, des CSP+. Ces catégories sont ciblées pour leurs potentiels de consommation locale, d’activité économique ou de dynamisme social. Les personnes âgées sont très rarement envisagées par les bourgs comme de possibles nouveaux arrivants.

Habitat : diversification et adaptation des offres

La majorité des actions portées par les bourgs en faveur du vieillissement concerne l’habitat. Cette pré- dominance s’explique par la nature des financements mobilisables dans le cadre du programme : sur l’enveloppe de 230 millions d’euros sur six ans, 200 millions d’euros relèvent de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) pour l’amélioration de l’habitat privé.

Les actions concernent la diversification des offres d’habitat publiques (résidence senior, établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – Ehpad …) et l’adaptation des logements sociaux et privés afin de favoriser le maintien à domicile.

Services et santé : des opportunités de développement économique

Le vieillissement de la population appelle une offre de services et de santé, notamment pour favoriser le maintien à domicile. On observe que les bourgs veillent à l’existence d’une offre quantitativement satisfaisante mais s’assurent également de la qualité de service et du potentiel de développement économique. En revanche, peu de bourgs anticipent l’impact des départs massifs en retraite des générations du baby-boom – notamment les professionnels de santé – sur l’emploi et l’activité.

Accessibilité physique et numérique

Le vieillissement de la population induit nécessairement des enjeux en termes d’accessibilité des personnes aux équipements, aux services, aux commerces, etc. Cette accessibilité peut être facilitée par une offre de mobilité et des espaces publics adaptés. Or, les caractéristiques géographiques (par exemple, ville haute/ville basse) et patrimoniales (par exemple, exiguïté des espaces et des cheminements) de certains bourgs peuvent la compliquer. Néanmoins, si l’accessibilité physique est appréhendée par l’ensemble des lauréats, les opportunités liées à l’accessibilité numérique des personnes âgées (par exemple, dématérialisation des démarches, télémédecine, etc.) sont peu traitées dans les dossiers de candidature. De même, l’accessibilité des commerces et des services en termes d’horaires d’ouverture, par exemple, est rarement abordée, la priorité étant donnée au maintien de ces derniers.

Mixité générationnelle

La lutte contre l’isolement des plus âgés est un enjeu majeur pour les sociétés vieillissantes. Dans ce but, les bourgs entendent favoriser la mixité générationnelle. Deux principales pistes sont envisagées pour contribuer à la rencontre des différentes tranches d’âge de la population : l’organisation d’événements et la création d’équipements ou encore la réalisation d’aménagement ouverts à tous et ; la mobilisation des savoirs et des expériences des plus âgés au profit du reste de la population.

Article écrit à partir des données du rapport « L’action des bourgs face à l’enjeu du vieillissement de la population »

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