En novembre 2019, Solenne Brugere, avocate au cabinet b Ethics et Fabrice Gzil, philosophe à l’Espace Éthique Île-de-France rendaient leur rapport attendu sur les aspects éthiques et juridiques de la Silver Economie. Cette mission leur avait été confiée cet été par la Filière Silver Éco pour éclaircir les questions de l’encadrement des innovations technologiques pour les personnes âgées. Comment les startups de la Silver Économie peuvent-elles s’en inspirer ?

Réponse avec Corentin Metgy, Co-Fondateur et Président de la société Lumeen.

Dans le secteur médico-social, nous sommes très vite confrontés aux questions d’éthique. Nos premiers interlocuteurs sont des infirmiers, médecins, psychomotriciens, psychologues, etc. Être soignant est une vraie vocation et ces professionnels sont sensibles aux finalités et au sens des innovations qu’ils utilisent auprès des personnes. Pour convaincre, les entrepreneurs doivent mettre L’Humain au cœur de leurs inventions.

Chez Lumeen, nous utilisons la réalité virtuelle en EHPAD et cela peut intriguer. L’idée d’isoler des personnes âgées dans un monde fictif fait même froid dans le dos. L’épisode “San Junipero” de la série Black Mirror nous a déjà interpellé sur le sujet. Le groupe Aesio a aussi récemment publié un scénario catastrophe sur les reseaux sociaux. Dans leur vidéo, une dame seule utilise son casque immersif pour se faire accompagner par une aide soignante virtuelle. Soudainement, le casque se met à bugger, laissant la pauvre dame seule et sans soutien. La vidéo conclu avec le slogan “L’aide et les soins à domicile ne seront jamais virtuels”.

Nous sommes tout à fait d’accord avec cette rhétorique, et c’est bien là où est l’amalgame. Il est évident que le numérique ne doit pas remplacer les rapports humains. Au contraire, il doit faciliter le travail des soignants, favoriser les rapports humains et améliorer la qualité de prise en charge des personnes. Nous avons un infirmier et un psychomotricien dans l’équipe et c’est la mission que nous nous donnons avec Lumeen. Notre outil, destiné aux animateurs et soignants, leur permet de rassembler plusieurs personnes autour d’expériences immersives partagées pour les faire voyager, les détendre et créer du lien social. L’intervenant a un rôle central dans nos ateliers puisqu’il guide les personnes avec des informations ludiques et stimule les échanges. De plus, nous ne nous limitons pas à l’immersion. Nos ateliers durent 45 minutes et nous n’utilisons les casques que 6 à 12 minutes. Le reste, ce sont des souvenirs, des émerveillements, des rires. C’est là où le numérique prend du sens.

La question du consentement des personnes âgées les plus dépendantes et qui souffrent de troubles cognitifs peut aussi se poser. Notre position est de donner aux soignants des recommandations et protocoles clairs pour utiliser nos outils du mieux possible auprès de ces personnes. Nous avons d’excellents retours terrains avec des personnes très dépendantes et l’approche que nous adoptons influe beaucoup sur l’acceptation de ces personnes. Ainsi, nous formons nos partenaires aux techniques d’usage qui aident les personnes dépendantes à comprendre le concept de réalité virtuelle, et leur donnent le contrôle sur les expériences Lumeen pour les vivre à leur rythme. C’est notre responsabilité de développer des solutions et des recommandations d’usage éthiques. La technologie n’est et n’a toujours été qu’un outil. Elle n’est ni bonne ni mauvaise, c’est la manière de l’utiliser qui détermine cela.

 

 

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