Résidences autonomie : pourquoi tant de logements vacants ?

Résidences autonomie pourquoi tant de logements vacants

Alors que le nombre de personnes âgées continue d’augmenter en France, les résidences autonomie rencontrent des difficultés persistantes de remplissage. Les dernières données de la DREES et un rapport interministériel publié en mai 2026 mettent en évidence une sous-occupation du parc, particulièrement préoccupante pour certains établissements.

Un taux d’occupation qui s’est dégradé au fil des années

Les résidences autonomie, anciennement appelées logements-foyers, constituent une solution d’hébergement intermédiaire entre le domicile traditionnel et les établissements médicalisés. Elles accueillent principalement des personnes âgées autonomes, dans des logements privatifs associés à des espaces collectifs et à différents services.

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), le taux d’occupation de ces établissements atteignait 93 % en 2015, avant de reculer à 87 % en 2019.

Cette diminution était donc déjà observable avant la crise sanitaire.

Les données de l’enquête EHPA 2023 recensent environ 2 180 résidences autonomie, représentant quelque 112 000 places en France, contre 114 120 places en 2019.

Un rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD), publié en mai 2026, retient un taux d’occupation moyen de 85,5 % et un taux médian de 90,5 %.

Ces résultats confirment l’existence de capacités d’accueil inutilisées dans une partie du parc.

Des évolutions différentes entre les établissements publics et privés

La situation des résidences autonomie varie selon leur statut et leur mode de gestion.

Historiquement, ce secteur est principalement composé d’établissements publics, souvent administrés par des centres communaux ou intercommunaux d’action sociale (CCAS et CIAS).

Selon les données de la DREES portant sur 2019, 67 % des résidences autonomie relevaient du secteur public, 29 % du privé à but non lucratif et seulement 4 % du privé commercial.

Les établissements publics occupent ainsi une place prépondérante dans le parc national et sont particulièrement concernés par les enjeux de rénovation et d’attractivité du patrimoine existant.

Les structures privées associatives et commerciales connaissent des trajectoires différentes, avec notamment un développement de certaines offres.

Il convient toutefois de distinguer l’évolution du nombre de résidents de celle du taux d’occupation. Une augmentation des effectifs accueillis ne signifie pas nécessairement que la proportion de logements occupés progresse, notamment lorsque de nouvelles capacités sont créées.

Un parc immobilier parfois vieillissant

L’état des bâtiments figure parmi les principales difficultés identifiées dans les rapports publics.

Une partie importante des résidences autonomie a été construite au cours des années 1970 et 1980. Certains établissements proposent encore une majorité de studios ou de petits logements qui ne correspondent plus nécessairement aux attentes résidentielles actuelles.

Le rapport IGAS-IGEDD de 2026 souligne l’importance des besoins de rénovation, notamment concernant les performances énergétiques, l’aménagement des logements et la qualité des espaces collectifs.

D’après l’enquête EHPA 2023, parmi les 1 355 résidences construites avant 1989, 667 n’avaient pas fait l’objet d’une rénovation lourde depuis 2010.

Les inspections générales relèvent également que les travaux de rénovation peuvent améliorer l’attractivité et le remplissage. Elles citent notamment l’exemple du Pas-de-Calais, où les actions de rénovation soutenues par le département auraient contribué à une augmentation du taux d’occupation des résidences concernées.

Des disparités territoriales importantes

La répartition géographique des résidences autonomie constitue un autre élément important.

Selon les travaux de la DREES présentés par l’Assurance retraite, les niveaux d’équipement varient considérablement d’un département à l’autre, y compris lorsqu’ils sont rapportés au nombre de personnes âgées.

Certaines zones disposent d’une offre relativement abondante, tandis que d’autres sont très peu équipées.

Ces différences peuvent contribuer à des situations contrastées : des établissements rencontrent des difficultés à trouver des résidents, alors que d’autres bénéficient d’une demande soutenue.

La proximité des commerces, des transports, des services médicaux et des réseaux familiaux intervient également dans l’attractivité d’une résidence.

Le maintien à domicile reste privilégié

Le développement des résidences autonomie intervient dans un contexte où les politiques publiques encouragent le maintien à domicile des personnes âgées.

Les services d’aide et d’accompagnement à domicile, les dispositifs de téléassistance et les travaux d’adaptation des logements permettent à une partie de la population âgée de continuer à vivre dans son habitation habituelle.

Le déménagement vers une résidence autonomie ne constitue donc pas une évolution systématique avec l’avancée en âge.

Le rapport IGAS-IGEDD de 2026 souligne également que la décision de quitter son domicile peut s’inscrire dans un processus relativement long, accompagné d’hésitations et d’une connaissance parfois limitée des solutions disponibles.

La lisibilité de l’offre et l’accompagnement des futurs résidents apparaissent ainsi parmi les enjeux identifiés par les inspections générales.

Des résidences services seniors également confrontées à des difficultés locales

Les difficultés d’occupation ne concernent pas exclusivement les résidences autonomie.

Les résidences services seniors privées, qui relèvent d’un cadre juridique différent, peuvent également rencontrer des problèmes de remplissage.

Le rapport interministériel de 2026 relève notamment que, dans l’échantillon analysé auprès d’un opérateur, 15 % des résidences ouvertes depuis au moins deux ans présentaient un taux d’occupation inférieur à 80 %.

Ces difficultés peuvent être liées au niveau des prix, au positionnement de l’offre, à la localisation ou à la concurrence entre établissements.

La situation reste cependant variable selon les opérateurs et les territoires. Les données disponibles ne permettent pas d’établir que l’ensemble des résidences services seniors connaît une dégradation comparable à celle observée historiquement dans les résidences autonomie.

Une priorité donnée à la rénovation et à l’amélioration de l’occupation

Dans son rapport de mai 2026, la mission IGAS-IGEDD recommande de renforcer l’offre d’habitat partagé pour les personnes âgées, tout en améliorant l’utilisation des capacités existantes.

Selon ses estimations, une progression de cinq points du taux moyen d’occupation des résidences autonomie permettrait de mobiliser environ 5 600 logements supplémentaires, sans construction nouvelle.

Parallèlement, les inspections générales proposent une trajectoire de développement de l’habitat partagé comprenant notamment la création de 120 000 places supplémentaires en résidences autonomie à l’horizon 2040.

Cette orientation s’accompagne de recommandations concernant la rénovation du parc, la clarification des différentes offres d’habitat et une meilleure prise en compte des réalités territoriales.

Dans un contexte de vieillissement démographique, l’évolution des résidences autonomie repose ainsi sur deux enjeux simultanés : améliorer l’attractivité et l’occupation des établissements existants, tout en préparant le développement de nouvelles capacités d’accueil.


Sources

  • DREES, novembre 2023 — Résidences autonomie : avant le début de la crise sanitaire, le nombre de places augmentait, mais celui des résidents diminuait. Études et Résultats, n° 1284.
  • DREES, novembre 2025 — Enquête EHPA 2023, données relatives aux établissements d’hébergement pour personnes âgées.
  • IGAS–IGEDD, mai 2026 — Mission inter-inspections relative aux diverses formes d’habitat partagé adapté au vieillissement.
  • Assurance retraite, Gazette Hilauseniors n° 3 — Résidences autonomie, une distribution inégale sur le territoire.